J’ai testé pour vous: Google translation toolkit

photo credit: ArabCrunch
Avant toute chose, il est important que vous sachiez que je ne suis pas une détractrice de Google. J’utilise tous les jours le moteur de recherche et j’adore la façon dont ils ont conçu Gmail et tous ce qui va autour. L’idée de communauté me plaît. J’aime l’idée de pouvoir partager des documents entre utilisateurs, que ce soit des documents texte, des tableurs ou un planning.
Pourtant, la semaine dernière, quand j’ai entendu parler de ce Translation Toolkit, ma première réaction a été de me dire que cela ne présage rien de bon. Les plus, les moins? Faut-il utiliser Google Translation Toolkit? C’est ce dont nous allons parler.
Mais d’abord, qu’est-ce qu’une mémoire de traduction?
Les traducteurs connaissent bien cet outil. Le leader du marché s’appelle Trados et est très largement répandu dans le monde. Son point faible, c’est, à mon avis, son prix. Pour un freelance qui débute, acquérir une licence Trados est un véritable investissement qu’il faut arriver à rentabiliser… pas toujours facile. La mémoire de traduction permet de stocker les textes traduits et d’identifier dans de nouveaux textes ce qui a été traduit précédemment. Cela permet de gagner du temps, en particulier lorsqu’on traduit des choses répétitives, comme la mise-à-jour d’un manuel utilisateur.
Que vient faire Google là-dedans?
C’est bien la question qu’on se pose, moi en premier. Parce que sur le marché des outils de traduction assistée par ordinateur, on trouve des outils de tout type et pour tous les prix. Il n’est pas nécessaire d’aquérir tout de suite le leader du marché quand ses rivaux de plus petite taille et à bien moindre coût sont tout à fait satisfaisants. Mais bon, Google, c’est gratuit. Ils avaient déjà commencé avec Google Translate, qui permet aux gens de traduire automatiquement des textes. Je n’ai rien contre ce genre d’outils, qui permet souvent à ceux qui ne connaissent pas une langue étrangère de pouvoir quand même surfer sur un site et avoir une idée de ce qu’ils y trouvent.
Mais oui, là, je me demande pourquoi Google se lance dans un secteur, qui, faut-il le rappeler, n’est pas un hobby mais bien une profession. Avec des compétences professionnelles et des outils de professionnels. Si Google a la prétention d’apprendre aux gens à traduire, je m’insurge tout de suite et je dis, à quand Google Self Hair Cut ou Google Make your IT system? Ben oui, tant qu’à faire, si on fait croire aux gens qu’ils ont les compétences de tout faire eux-même, autant que j’apprenne moi-même à me couper les cheveux. Il va être beau le résultat!
Si c’est destiné aux traducteurs, l’idée est bonne. Dans l’absolu, l’idée de pouvoir partager une énorme mémoire collective fait rêver non? Théoriquement, l’diée de pouvoir travailler avec des collègues freelance sur des projets communs et de partager documents et mémoires me séduit. Voilà une question de logistique résolue. En revanche, ce qui me séduit moins, c’est le fait qu’il y ait des mémoires accessibles à tous les utilisateurs. Concrètement, cela veut dire que tous les utilisateurs de Google, professionnels ou non, pourront alimenter la mémoire commune. Je me demande bien ce que cela risque de donner en terme de qualité de la traduction ![]()
L’autre point gênant, c’est le fait que si l’outil ne trouve pas dans la mémoire les segments du texte, il les traduit automatiquement. Est-ce vraiment un gain de temps? Si vous avez déjà essayé de corriger de la traduction automatique, vous conviendrez qu’il vaut mieux retraduire directement pour gagner du temps.
Pourquoi je ne l’utiliserais pas en tant que professionnelle
La qualité est primordiale, je le dis et le répète. Seulement, qu’en est-il de la qualité lorsque je ne sais combien de millions de gens nourrissent une mémoire commune? En outre, même si l’on peut garder les mémoires privées (ce qui me semble bien plus judicieux pour des traducteurs professionnels), qu’en est-il de la confidentialité? Cela peut paraître naïf, mais comment se fier à une société qui analyse le contenu des boîtes e-mail des utilisateurs pour y mettre de la publicité?
L’attrait de l’outil gratuit est très tentant, mais pour les raisons que je viens de mentionner, je reste sceptique.
Et pour les amateurs?
Oui, pourquoi pas. A condition de s’en servir intelligemment. L’idée de Google est intéressante dans le sens où elle permet à des personnes non-anglophones de traduire ce qu’elles ont besoin de lire dans leur langue. Quelqu’un qui a un site Internet sur son émission préféré sera aussi content de pouvoir en traduire le contenu pour toucher un public plus large. Ce qui compte, c’est que les gens comprennent qu’il faudra quand même relire le texte et ne pas le publier tel quel.
En conclusion
Je n’aime pas avoir à dire cela mais je vais le faire quand même: la traduction est déjà un métier qui bénéficie de beaucoup de préjugés et d’idées reçues et je ne pense pas qu’elle avait besoin de ce type d’outil. Laisser croire aux gens qu’ils peuvent s’improviser, ça veut dire aussi, par exemple, laisser croire aux clients qu’ils n’ont pas besoin de dépenser de l’argent pour que quelqu’un fasse un travail que n’importe qui pourrait faire à leur place pour moins cher. Pourtant, cela ne m’inquiète pas plus que ça et j’espère que vous non plus. Après tout, j’ai déjà expliqué de nombreuses fois pourquoi on ne peut pas se passer des traducteurs, et nous serons capables de l’expliquer à nos clients!
A lire sur le sujet:
Et vous, que pensez-vous de Google Translation Toolkit?
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Comments (2)
Merci pour ce test et ces informations détaillées. Je ne suis pas sûre de saisir le principe de « garder des mémoires privées ». Est-ce qu’on peut piocher des traductions existantes sans partager les siennes ?
En tout cas, pour moi le point le plus rédhibitoire est la confidentialité : n’oublions pas que chaque segment source appartient au client, et qu’en général, nous ne sommes pas censés le publier sur Internet…
un outil que tu n’as jamais je crois mentionné et qui peut être fort utile si on l’utilise intelligemment : linguee. il me semble qu’il a les avantages du machin de google, on peut simplement piocher ce qui nous intéresse.