Vivre avec un traducteur: comprendre ses loisirs

Traducteurs, conjoints de traducteurs, je vous ai compris! Etant donné l’enthousiasme qu’a suscité mon premier billet sur le sujet, j’inaugure donc une nouvelle série consacrée à la découverte de cet être mystérieux qu’est le traducteur ![]()
Aujourd’hui, nous allons observer le traducteur dans l’un de ses loisirs favoris, rencontrer d’autres traducteurs et parler de sujets passionnants dont, malheureusement, le reste du monde ne saisit pas l’importance. C’est ainsi qu’un samedi matin par mois, le traducteur, s’il est parisien (ou francilien, on n’est pas sectaire) accepte de se lever sans grogner pour retrouver ses pairs. Pire encore, ce matin de janvier, ils étaient près de 70 à prendre le chemin du Café du Pont-Neuf pour partager un petit-déjeuner. Ça vous paraît déjà incroyable? Attendez donc la suite!
Mais quelle est donc la raison qui peut amener 70 personnes à retrouver leurs confrères et à braver, un samedi matin, aux aurores, un crachin continu? Un homme, l’homme qui sait parler aux traducteurs. Ô amis conjoints ou partenaires de traducteurs, je comprends votre stupeur, mais inutile de remettre en cause votre relation: le traducteur n’est pas fou, il est passionné! Et quand Jean-Pierre Colignon parle d’accords, d’adjectifs, d’antécédents ou de dictionnaires, tout le monde l’écoute religieusement. Le pape ou Lady Gaga eux-mêmes n’ont certainement pas un public aussi captivé (non, non, je n’exagère pas).
Les petits papiers s’amoncellent sur le bureau de l’orateur, les questions fusent et si la salle n’était pas réservée pour un créneau limité, la réunion aurait pu durer des heures. Heureusement pour vous, votre moitié quitte la séance à midi et le weekend commence enfin.
Oui, je sais, difficile de comprendre le grand sourire de l’astre de vos jours. Oui, tout la journée, il ne cessera de vous dire: « Et tu savais qu’on met des s à remise en mains propres? Tiens, une colle, on met une majuscule ou pas à vice-président? » Ce qui n’aura bien sûr pour seul but que de tester vos connaissances, puisque le traducteur, lui, le savait déjà. Heureux d’avoir obtenu un ouvrage dédicacé par le Maître en personne, il est également content d’avoir pu se cultiver en toute liberté, sans se camoufler derrière une raison spéciale ou la visite d’un musée. Et vous, même si vous l’ignorez encore, reprendrez dès lundi vos collègues en leur expliquant que Je n’aperçois qu’un P à apercevoir!
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